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LES TRAVAILLEURS DE LA MER

Il trouva dans les débris un ciseau à froid, tombé sans doute de la baille du charpentier, et dont il augmenta sa petite caisse d’outils.

En outre, car dans le dénûment tout compte, il avait son couteau dans sa poche.

Gilliatt travailla toute la journée à l’épave, déblayant, consolidant, simplifiant.

Le soir venu, il reconnut ceci :

Toute l’épave était frissonnante au vent. Cette carcasse tremblait à chaque pas que Gilliatt faisait. Il n’y avait de stable et de ferme que la partie de la coque, emboîtée entre les rochers, qui contenait la machine. Là, les baux s’arc-boutaient puissamment au granit.

S’installer dans la Durande était imprudent. C’était une surcharge ; et, loin de peser sur le navire, il importait de l’alléger.

Appuyer sur l’épave était le contraire de ce qu’il fallait faire.

Cette ruine voulait les plus grands ménagements. C’était comme un malade, qui expire. Il y aurait bien assez du vent pour la brutaliser.

C’était déjà fâcheux d’être contraint d’y travailler. La quantité de travail que l’épave aurait nécessairement à porter la fatiguerait certainement, peut-être au delà de ses forces.

En outre, si quelque accident de nuit survenait pendant le sommeil de Gilliatt, être dans l’épave, c’était sombrer avec elle. Nulle aide possible ; tout était perdu. Pour secourir l’épave, il fallait être dehors.