Page:Hume - Œuvres philosophiques, tome 4, 1788.djvu/115

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sur la regle du Goût.

ces trop profondes, nous aurons recours à un événement très-connu, tiré des aventures de Don-Quichotte.

Ce n’est pas à tort, dit Sancho à l’écuyer au grand nez, que je prétends me connoître en vin ; ce talent est héréditaire dans ma famille. Un jour deux de mes parens furent requis de dire leur sentiment sur une barrique de vin : ce vin, étant vieux & d’une bonne année, devoit être exquis ; Le premier le goûte, le considere, & après mûre réflexion prononce que le vin est très-bon, à cela, près qu’il lui trouve un petit goût de cuir. Le second, après avoir usé des mêmes précautions, décide aussi en faveur du vin, à la réserve d’un goût de fer, qui lui est très-sensible. Vous ne croiriez jamais combien on se moqua d’eux ; mais qui fut le dernier à rire : la barrique étant vuidée, on trouve au fond une vieille clef, attachée à une courroie[1].

  1. Quoique cet exemple explique merveilleusement la théorie de notre auteur ; je crains que bien des lecteurs ne le trouvent trop bas & trop ignoble pour entrer dont une tractation