Page:Huret - Enquête sur l’évolution littéraire, 1891.djvu/304

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


M. LECONTE DE LISLE


Il fallait commencer par l’auteur des Poèmes Barbares ; c’est l’auguste maître qui, depuis de longues années, a groupé autour de lui le plus de disciples ; quand « le Père était là-bas dans l’île », la jeunesse poétique s’approchait passionnément du grand Parnassien. Son avis sur les tentatives symbolistes aura certainement beaucoup de retentissement dans les chapelles de la rive gauche et dans toute l’Europe littéraire.

64, boulevard Saint-Michel, un petit cabinet de travail sur la rue ; des rayons de bibliothèque, quelques sièges, une table où sont épars des volumes de poésie piqués de coupe-papier. Tout le monde connaît la physionomie du maître, sa figure entièrement rasée, sa longue chevelure grisonnante, et le monocle encadré d’écaille rivé à son œil droit. Il a aujourd’hui sur le tête une calotte de velours rouge vénitienne, qui s’érige en tiare.

— Ce que vous venez me demander, me dit le maître, est très délicat… Je connais beaucoup de ces jeunes gens, et je ne voudrais pas leur faire de la peine. Il est vrai, ajoute-t-il en riant, que je leur ai assez souvent dit mon opinion à eux-mêmes… D’ailleurs, mon opinion, elle est bien simple : comme je