Page:Huyghens - Traité de la lumière, Gauthier-Villars, 1920.djvu/12

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De plus, quand on considère l’extrême vitesse dont la lumière s’étend de toutes parts et que, quand il en vient de différents endroits, même de tout opposés, elles se traversent l’une l’autre sans s’empêcher ; on comprend bien que, quand nous voyons un objet lumineux, ce ne saurait être par le transport d’une matière, qui depuis cet objet s’en vient jusqu’à nous ainsi qu’une balle ou une flèche traverse l’air : car assurément cela répugne trop à ces deux qualités de la lumière et surtout à la dernière. C’est donc d’une autre manière qu’elle s’étend, et ce qui nous peut conduire à la comprendre, c’est la connaissance que nous avons de l’extension du son dans l’air.

Nous savons que par le moyen de l’air, qui est un corps invisible et impalpable, le son s’étend tout à l’entour du lieu où il a été produit, par un mouvement qui passe successivement d’une partie de l’air à l’autre, et que l’extension de ce mouvement se faisant également vite de tous côtés, il se doit former comme des surfaces sphériques qui s’élargissent toujours et qui viennent frapper notre oreille. Or il n’y a point de doute que la lumière ne parvienne aussi depuis le corps lumineux jusqu’à nous par quelque mouvement imprimé à la matière qui est entre deux, puisque nous avons déjà vu que ce ne peut être par le transport d’un corps qui passerait de l’un à l’autre. Que si avec cela la lumière emploie du temps à son passage, ce que nous allons examiner maintenant, il s’ensuivra que ce mouvement imprimé à la matière est successif et que par conséquent il s’étend, ainsi que celui du