Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/319

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que à un prophète par la voie de l’audition. Il en est autrement à l’égard du Pentateuque, de l’Evangile et des autres livres divins : les prophètes les reçurent par la voie cle la révélation et sous la forme d’idées. Revenus ensuite de leur état d’ extase et rentrés dans l’état normal de l’humanité , ils revêtirent ces idées de leurs propres paroles. Aussi le style de leurs écrits n’offre-t-il rien de miraculeux. C’est au Coran seul qu’appartient ce caractère. De même que les autres prophètes reçurent leurs livres sous la forme d’idées, le nôtre reçut sous la même forme un grand nomhre de communications qui se trouvent dans les recueils de traditions. Que le texte du Coran lui soit venu par la voie de l’audition, cela est prouvé par cette parole qu’il rapporte dans les mots mêmes de son Seigneur: « N’agite pas ta langue avec trop d’empressement (afin de répéter les paroles divines); c’est à nous de les rassembler et de les lire. » [Coran, sour. lxxv, vers. 16, 17.) Ces versets lui furent communiqués à cause de son empressement à répéter les passages du Coran qu’il venait d’entendre et de sa crainte de les oublier; il s’efforçait de fixer et de garder [hafedh) dans sa mémoire les communications divines qu’il recevait par la voie de l’audition , mais Dieu lui épargna cette peine en lui adressant ces paroles : « C’est nous qui avons fait descendre le mémorial (le Coran) et c’est nous qui en serons les gardiens. » [Coran, sour. XV, vers. 9.) Cela indique parfaitement la nature de la garde (ou conservation) dont le Coran jouit d’vme manière spéciale; elle diffère tout à fait de l’action de garder dam la mémoire, bien que cela ne soit pas l’opinion généralement reçue. Dans le Coran, im grand nombre de versets témoignent que ce livre fut communiqué au Prophète sous la forme d’une lecture [coran) faite à haute voix et dont chaque sourate était un miracle (de style) qui surpassait le pouvoir des hommes. Parmi les miracles les plus grands qui distinguent notre prophète, on doit compter le Coran et la facilité avec laquelle il rallia tous les Arabes à sa cause. On aurait vainement dépensé tous les trésors du monde afin démettre d’accord les diverses tribus arabes; Dieu seul pouvait le faire et il l’accomplit. Que le lecteur