Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/351

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D'IBN KHALDOUN. 227

sance (divine) et de l'identification avec la divinité. Outre le recueil- lement etle jeûne, ils emploient, dans leurs exercices, la méditation, afin de donner à leur esprit la direction convenable. En effet, l'âme, développée par la méditation, se rapproche de la connaissance de Dieu; l'âme étrangère à la méditation est d'une nature satanique. Ce n'est pas à la suite d'un dessein préconçu , mais par un cas fortuit que les soufis parviennent à la connaissance du monde invisible et ob- tiennent la faculté d'y laisser vaguer leur âme. Ceux qui recherchent ces faveurs avec préméditation donnent à leur âme une direction qui n'est pas celle de Dieu. Chercher avec intention la faculté de vaguer dans le monde invisible et de le contempler est une faute énorme, un véritable acte de polythéisme. A ce sujet un mystique a dit: « Celui qui recherche la connaissance à cause de la connaissance se déclare pour celle-ci K » Les vrais soufis désirent uniquement se diriger vers l'Etre adorable, et tout ce qu'ils peuvent éprouver, pendant qu'ils se trouvent dans cet état, arrive fortuitement et sans aucune préméditation de leur part. Ils tâchent, en général, d'éviter ces (marques de la faveur divine) et ils en détournent leur atten- tion; car ils recherchent Dieu pour lui-même, et sans aucun autre motif. On sait cependant que ces (faveurs) leur arrivent. Les soufis donnent lesnomsdeyîjrafa (physiognomie) et de /rec/ie/"( dévoilement) aux connaissances du monde invisible et aux discours (célestes) qui viennent frapper leur esprit; ils appellent kérama (faveur) la faculté de vaguer (par le monde spirituel). Dans tout cela il n'y a rien de répréhensible , bien que le maître Abou Ishac el-Isféraïni- y ait trouvé à redire, ainsi que Abou Mohamed Ibn Abi Zeïd^ le Malékite, et p. d'autres docteurs; ils voulaient empêcher que certaines marques de

' Cette expression obscure et énigma- ' Abou Mohammed Abd AHah Ibn Abi lique doit signifier que celui qui recherche Zeïd , natif de Cairouan et auteur d'un ce- la connaissance de la nature divine à cause lèbre traité sur la jurisprudence malékile, des jouissances ou des avantages mondains mourut en Sgo (looo de J. C). M. Vin- que cette connaissance procure s'est dé- cent a donné un extrait de ce manuel claré pour le monde et contre Dieu. [Rîçala) dans ses Etudes sur la loi musul- Voy. ci-devant, p. igi.notcQ. mane. Paris, i84a.

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