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226 PROLÉGOMÈNES

particulières, soit générales. C'est là une des opérations exécrables que se permettent les magiciens', et nous ne l'avons citée que pour montrer combien le microcosme humain est plein de merveilles.

II y a des hommes qui se livrent aux exercices spirituels dans l'es- poir d'atteindre à la perception du monde invisible, et qui tâchent de se procurer une mort factice en s'efforçant d'anéantir toutes les fa- cultés du corps, et de faire ensuite disparaître de l'âme les traces des souillures que ces facultés y avaient laissées. Mais cela ne peut s'eflPectuer que par la concentration de la pensée et par des jeûnes pro- longés. On sait, d'une manière positive, qu'au moment de la mort les sensations du corps disparaissent ainsi que le voile qu'elles ten- daient devant l'âme. Celle-ci prend alors connaissance de sa propre essence et du monde dont elle fait réellement partie-. Ces hommes croient que, par des mérites acquis, ils peuvent arriver, pendant qu'ils sont en vie, à un résultat semblable à celui qui a lieu après la mort, c'est-à-dire à mettre leur âme en état de connaître les choses du monde invisible.

On peut ranger dans cette classe les hommes qui se livrent à des exercices magiques afin d'obtenir la faculté de voir les choses ca- chées et de faire planer leur âme dans les divers mondes des êtres^. Ces gens-là se trouvent ordinairement dans les climats les plus rapprochés du nord et du midi. On les rencontre surtout dans ï*i99- l'Inde, où ils portent le nom de djoguis. Ils ont beaucoup de livres qui traitent de la manière dont ces exercices doivent se faire. On raconte au sujet des djoguis des histoires surprenantes.

Les exercices des soufis sont purement religieux et se font sans au- cune des mauvaises intentions que nous venons d'indiquer. Ils ont pour but de porter l'âme au recueillement et d'en tourner toutes les pen- sées vers Dieu, afin qu'elle puisse goûter les saveurs de la connais-

' Un certain El-Kintli, cité par l'an- Die Ssabier und der Ssabismus, par le

leur du Fihrest, dans le chapitre où il D' Chwolsohn, t. II, p. 19.) traite des Sabéens , attribue à ce peuple * Ou bien , de son microcosme.

une pratique presque semblable. (Voyez ' Pour lUJI, lisez f [y»"'-

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