Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/397

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D'IBN KHALDOUN. 273

soyez pas comme les Nabatéens de la Babylonie (Es-Souad); quand on demande à l'un d'eux d'où il sort, il répond : de tel ou tel vil- lage. » Mais les Arabes établis dans des pays fertiles et possédant de gras pâturages se trouvaient en contact avec d'autres peuples, ce qui amena un mélange de race et de sang. Aussi , dès les premiers temps de l'islamisme, on commençait à désigner les tribus par le nom des pays qu'elles occupaient. On disait, par exemple, le djond (co- p. s38. lonie militaire) de Kinnisrîn, le djond de Damas, le djond d'El-Aouas- sem. Le même usage s'introduisit en Espagne. Ce n'est pas que les Arabes eussent renoncé à l'habitude de se désigner par le nom de la tribu dont ils faisaient partie; ils ne prenaient qu'un surnom de plus, afin de donner à leurs émirs le moyen de les distinguer plus facile- ment. Ils se mêlèrent ensuite avec les habitants des villes, gens dont la plupart étaient de race étrangère, et de cette manière ils perdirent tout à fait la pureté de leur sang. Dès lors, les rapports de famille s'affaiblirent chez eux au point de laisser perdre l'esprit national, seul avantage qui existe dans les liens de la parenté. Les tribus elles- mêmes s'éteignirent ensuite, et, avec leur anéantissement, disparut tout esprit de corps. Dans le désert, au contraire, les choses restè- rent comme elles étaient. Dieu est l'héritier de la terre et de tout ce qu'elle porte.

(Comment les noms patronymiques des tribus perdent leur exactitude.

Un homme appartenant à une tribu a pu entrer dans une autre parce qu'il a une inclination pour elle ou qu'il s'y attache en qualité d'aBPidé ou de client. Il peut se réfugier dans une tribu afin d'éviter le châtiment dû à un délit qu'il aurait commis dans la sienne. Ayant alors adopté le patronymique commun de ses nouveaux hôtes, il compte comme un membre de la tribu. 11 a sa part dans les privi- lèges et les charges que cette alliance entraîne, surtout en ce qui regarde le droit de protection , l'application du talion et le payement du prix du sang, Jouissant des avantages que procure la parenté, il est, pour ainsi dire, le parent de ses protecteurs. Peu importe dans

Prolégomènes. 35

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