Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/400

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276 PROLÉGOMÈNES

le secours des individus appartenant à la même branche qu eux. Il est vrai qu'ils reçoivent de ceux-ci un appui plus efficace que des premiers, parce qu'ils en sont plus rapprochés par les liens du sang. Le droit de commander (à toute la tribu) ne réside pas dans chacune des branches; il n'appartient qu'à une seule famille. Pour exercer le commandement, il faut être puissant; donc cette famille doit sur- passer toutes les autres en force et en esprit de corps. Sans cela, elle ne saurait dominer sur elles ni faire respecter ses ordres. On voit de là que le commandement doit rester toujours dans la même famille; car, s'il passait dans une autre famille plus faible, il perdrait sa force. Le commandement peut se transporter d'une branche de la famille dominante à une autre, mais toujours à celle qui est la plus forte. Cela arrive par l'influence naturelle du pouvoir, ainsi que nous venons de le faire observer. En effet , la réunion des hommes en société et l'esprit de corps peuvent être regardés comme les éléments dont se compose le tempérament du corps politique. Dans un être quel- conque, le tempérament sera mauvais si les éléments dont il se com- pose sont en équilibre; il faut qu'un des éléments prédomine afin que la constitution de l'être soit parfaite. Voilà pourquoi la puissance est une des conditions essentielles pour le maintien de l'esprit de corps. Donc le commandement ne sort jamais de la famille qui l'exerce, ainsi que nous l'avons énoncé.

Chez les peuples animés d'un même esprit de corps, le commandement ne saurait

appartenir à un étranger.

Pour arriver au commandement, il faut être puissant; pour obtenir la puissance il faut l'appui d'un parti fort et bien uni; donc, pour maintenir son autorité, on a absolument besoin d'un corps dévoué au moyen duquel on puisse vaincre successivement tous les partis qui tenteraient de résister. Quand le chef est assez fort pour les dominer, ils font leur soumission et s'empressent de lui obéir. En principe géné- ral , l'étranger qui s'affilie à une tribu et qui en a pris le patronymique , n'obtiendra jamais la même sympathie, le même appui, que les mem-

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