Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/415

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D'IBN KHALDOUN. 291

fort par l'esprit de corps. Voyez ce qui est arrivé aux tribus (arabes) descendues de Modcr, lorsqu'elles eurent affaire aux Himyarites et aux Kehlanites', peuples qui étaient parvenus, avant elles, à fonder des royaumes et à vivre dans l'abondance. Voyez comment elles domp- tèrent les Rebîab, établis sur les riches plateaux de l'Irac : restées dans leurs déserts, pendant que les Rebîah et d'autres peuples étaient allés jouir de l'aisance dans ces régions fortunées, elles les attaquèrent P. îSs. plus tard avec une vigueur que la vie nomade seule pouvait com- muniquer^, et les dépouillèrent de toutes leurs possessions. La même chose arriva aux Beni-Taî, aux Beni-Amer Ibn Sâsâa et, plus tard, aux Beni-Soleïm Ibn Mansour. Lors du départ des Modérites et des tribus du Yémen, ils se tinrent dans leurs déserts et n'eurent aucune part aux avantages temporels que ces peuples avaient acquis (par leurs conquêtes). La vie du désert leur conserva l'esprit de corps et les garantit contre l'influence débilitante du luxe; aussi devinrent- ils plus puissants que les Modérites et leur enlevèrent-ils fautorité*. Toute tribu arabe qui jouit du bien-être et de l'aisance à l'exclusion des autres tribus subit le même sort. Que les deux partis soient égaux par le nombre et par la force , celui qui est plus habitué à la vie nomade* remportera la victoire. Cela est dans les voies de Dieu envers ses créatures.

L'esprit de corps aboutit à l'acquisition de la souveraineté.

Nous avons déjà dit qu'au moyen de l'esprit de corps les hommes peuvent se protéger mutuellement, repousser leurs ennemis, venger leurs injures et accomplir les projets vers lesquels ils dirigent leurs efforts réunis. Chaque société d'hommes, avons-nous dit, a besoin d'un chef pour y maintenir l'ordre et pour empêcher les uns d'atta-

' Il s'agit de la conquête du Yémen par attachés au parti des Carmats ; puis en Man- ies tribus modérites , l'an xi de l'Légire. ritanie. Dans l'Histoire des Berbers, l. I de

' Littéral. « la vie nomade avait aiguisé la traduction , l'auteur a consacré plusieurs leur tranchant pour conquérir. >. chapitres à ces tribus.

' D'abord en Arabie, où ils s'étaient ' Je lis t^ivsidt.

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