Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/435

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D'IBN KHALDOUN. 311

ou par la fondation d'une dynastie, ils se sont mis en état d'assouvir leur rapacité , ils méprisent tous les règlements qui servent à protéger les propriétés et les richesses des habitants. Sous leur domination, la ruine envahit tout. Ils imposent aux gens de métier et aux artisans des corvées pour lesquelles ils ne jugent pas convenable d'offrir une rétribution. Or l'exercice des arts et des métiers est la véritable source de richesses, ainsi que nous le démontrerons plus tard. Si les professions manuelles rencontrent des entraves et cessent d'être pro- fitables, on perd l'espoir du gain et l'on renonce au travail; l'ordre établi se dérange et la civilisation recule. Ajoutons que les Arabes négligent tous les soins du gouvernement; ils ne cherchent pas à em- pêcher les crimes; ils ne veillent pas à la sûreté pubhque; leur unique souci c'est de tirer de leurs sujets de l'argent, soit par la violence, soit par des avanies. Pourvu qu'ils parviennent à ce but, nul autre souci ne les occupe. Régulariser l'administration de l'Etat, pourvoir au bien-être du peuple soumis, et contenir les malfaiteurs sont des oc- cupations auxquelles ils ne pensent même pas. Se conformant à l'usage qui a toujours existé chez eux, ils remplacent les peines cor- porelles par des amendes, afin d'en tirer profit et d'accroître leurs revenus. Or de simples amendes ne suffisent pas pour empêcher les crimes et pour réprimer les tentatives des malfaiteurs; au con- traire, elles encouragent les gens mal intentionnés, qui regardent une P. peine pécuniaire ^ comme peu de chose, pourvu qu'ils accomplissent leurs projets criminels; aussi les sujets d'une tribu arabe restent à peu près sans gouvernement , et un tel état de choses détruit égale- ment la population d'un pays et sa prospérité. Nous avons dit, vers le commencement de cette section, que le gouvernement monar- chique convient d'une manière spéciale à la nature de l'espèce bu- * maine; sans lui, la société et même les individus n'ont qu'une exis- tence bien précaire. Ajoutons encore que les nomades sont avides du pouvoir et qu'à peine en trouvera-t-on parmi eux un seul qui consen-

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