Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/449

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


D'IBN KHALDOUN. 325

ses vanités pour l'amour de Dieu, ils prennent tous une bonne direc- tion; les jalousies disparaissent; la discorde s'éteint, les hommes s'entr'aident avec dévouement ; leur union les rend plus forts ; la bonne cause fait un progrès rapide et aboutit à la fondation d'un grand et puissant empire. Plus loin, nous reviendrons là- dessus.

Une dynastie qui commence sa carrière en s'appuyant sur la religion double la force de l'esprit de corps qui aide à son établissement.

La religion, avons-nous dit, est une teinture au moyen de laquelle on fait disparaître les sentiments de jalousie et d'envie qui régnent chez les peuples animés d'un fort esprit de corps. Elle donne à tous les cœurs la même direction, celle de la vérité. Aussi, lorsque P. 285. un pareil peuple veut s'occuper de ses intérêts, rien ne peut lui ré- sister: il agit avec un ensemble parfait, visant toujours au même but et s'exposant à la mort pour parvenir à ses fins. Les habitants de l'empire dont ce peuple cherche à effectuer la conquête peuvent être bien plus nombreux que leurs adversaires, mais ils forment plusieurs partis dont chacun travaille follement pour ses intérêts privés et s'abstient , par lâcheté , de porter secours à ses concitoyens. Bien qu'ils surpassent en nombre le peuple qui vient les attaquer, ils ne" sauraient lui résister. Vaincus dans la lutte, ils s'éteignent rapide- ment, suite inévitable de l'amollissement des mœurs et de la dégra- dation. Ce fut ainsi que, dans les premiers temps de l'islamisme, les Arabes effectuèrent leurs grandes conquêtes : l'armée musulmane, forte de trente et quelques mille guerriers , combattit à Cadeciya toutes les forces de la Perse, composées de cent vingt mille hommes; à Yermouk, elle se mesura avec les troupes qu'Héraclius y avait ras- semblées, et dont le nombre, s'il faut en croire El-Ouakedi \ mon- tait à quatre cent mille hommes. Dans ces deux, batailles, rien ne résista aux Arabes; ils mirent l'ennemi en pleine déroute et s'empa- rèrent de ses dépouilles. Voyez encore les mêmes faits se reproduire quand les Lemtouna (les Almoravides) et les Almohades fondèrent ' Voyez p. 5, note A-

�� �