Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/450

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326 PROLÉGOMÈNES

leurs empires. Il y avait alors dans le Maghreb bien des tribus assez fortes par leur nombre et par leur esprit de corps pour résister aux envahisseurs et même pour les vaincre; mais elles avaient pour adver- saires des peuples dont l'esprit de corps s'était fortifié par une doc- trine religieuse qui, ramenant tous les cœurs vers un même but, leur enseignait à mépriser la mort et les rendait invincibles. On voit par là comment une nation s'affaiblit lorsqu'elle ne subit plus l'influence du sentiment religieux et qu'elle s'appuie uniquement sur son es- prit de corps. Une dynastie maintient' dans l'obéissance des peuples aussi forts qu'elle, et même plus forts, pourvu qu'elle les ait vaincus après avoir doublé ses forces par l'influence de la religion. Elle les asservit, quand même elle leur est inférieure en esprit de corps et quoiqu'elle ait moins qu'eux les habitudes de la vie nomade. Re- P. 286. marquez, par exemple, ce qui arriva aux Almohades avec les Ze- nata. Ceux-ci étaient plus habitués à la vie nomade ^ que les Mas- mouda (les Almohades); ils les surpassaient aussi par l'âpreté de leurs mœurs ; mais les Masmouda combattaient pour leur religion sous la conduite du Mehdi, et ils avaient pris une teinture de fa- natisme qui doubla la force de leur esprit de corps. Aussi les Ze- nata succombèrent tout d'abord, et durent obéir au gouvernement alniohade, bien qu'ils fussent plus forts que leurs adversaires, tant par l'esprit de tribu que par leur habitude de la vie nomade. Mais, aus- sitôt que le sentiment religieux eut cessé d'agir sur le vainqueur, les Zenata se révoltèrent dans toutes les parties de l'empire et finirent par s'emparer du pouvoir. Rien ne résiste à la volonté de Dieu.

Une entreprise qui a pour but le triomphe d'un principe religieux ne peut réussir si elle n'a pas un fort parti pour la soutenir.

Nous avons déjà fait observer que, pour rallier^ les hommes à une entreprise quelconque, on doit avoir fappui d'un peuple dévoué. Selon la tradition déjà citée, " Dieu n'envoie jamais un prophète aux hommes

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