Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/513

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D'IBN KHALDOUN. 389

tisnme existe nécessairement dans l'espèce humaine, et j'ai déjà indi- qué la faiblesse de leur a^gument^ Je n'admets pas le principe qui déclare que l'établissement d'un modérateur auquel tout le peuple doit se soumettre avec confiance et résignation soit ordonné par la loi divine. Le modérateur peut dériver son autorité de la puissance p. 346. que la po.ssession de l'empire lui donne , ou bien des forces dont il se fait appuyer. (Que diraient-ils) s'il s'agissait d'un peuple tel que les Madjous (les pirates normands), qui n'avaient pas reçu une loi révélée, ou d'un peuple chez lequel on n'était jamais allé pour ensei- gner la religion? (Ces gens-là avaient cependant des chefs pour les gouverner.) On peut encore répondre à leur argument d'une autre manière : pour prévenir des conflits, il suffit que chaque individu sache bien que finjustice lui est défendue par la raison. Lorsqu'ils disent que des contestations n'ont pas lieu dans tel pays , parce que les habitants ont une loi révélée, et que, dans tel autre pays, elles n'arrivent pas parce qu'il y a un imam, leur raisonnement n'a aucune valeur : quelques chefs puissants suffiraient, tout aussi bien qu'un imam, à maintenir le bon ordre; le peuple lui-même pourrait le faire, si l'on s'accordait à éviter les contestations et à ne pas se nuire mu- tuellement. La conclusion que ces docteurs tirent de leurs prémisses n'a donc aucune valeur. Du reste, leur argument aboutit à ce prin- cipe : Ce qui fait comprendre la nécessité d'un imam, c'est la loi; c'est-à- dire, l'accord général dont nous avons parlé plus haut.

Quelques personnes entretiennent au sujet de l'imamat une opi- nion toute particulière. Ni la loi ni la raison, disent-ils, ne démontre la nécessité d'un tel office. Certains Molazelites opiniâtres, quelques Kharedjites et d'autres individus ont professé cette doctrine. Selon eux, le seul devoir^ de fimam c'est d'exécuter les prescriptions de la loi; or si le peuple s'accorde à suivre les règles de la justice et à faire exécuter la loi de Dieu, rétablissement d'un imam n'est pas nécessaire, puisqu'on peut très-bien se passer d'une tel chef. Pom-

' Voy. ci-devant, p. 89. — ^ Après '^y>, ajoutez^* Lrl.

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