Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome III.djvu/325

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D'IBN KHALDOUN. :m)

à distinguer le régissant du régime (et) du mol attiré, c'est-à-dire du complément (régi au génitif). Telles sont encore certaines lettres au moyen desquelles on fait passer d'un sujet à un autre l'action, ou mouvement, exprimé par le verbe ', et cela sans être obligé d'y em- ployer d'autres mots. Ces particularités n'existent que pour l'arabe " ; dans les autres langues il faut avoir un terme spécial pour chaque idée et pour chaque circonstance particulière. Aussi trouverions- nous que, chez les Pt-rsans, la langue de la conversation serait très- diffuse, si nous établissions une comparaison entre elle et l'arabe. C'est à cette concision que se rapporte l'idée énoncée par le Prophète en ces termes : « J'ai reçu (de Dieu) des paroles qui disent beaucoup, et mon style se distingue par son extrême concision. • Dans l'arabe, les lettres (formatives), les motions et les imposés, c'est-à-dire les formes (diverses des mots dérivés), ont chacune, dans l'expression de la pensée, une valeur réelle qui s'apprécie instantanément, sans qu'on soit obligé d'avoir recours à l'aide d'un art quelconque*. La faculté de les employer était acquise à l'organe de la langue chez les Arabes et se transmettait d'une génération à une autre, de même (ju'aujour- d'hui notre langage passe de nous à nos enfants.

Après la promulgation de l'islamisme, les Arabes sortirent du Hid- jaz pour s'emparer de l'empire (du monde) et arracher le pouvoir aux mains des peuples et des dynasties qui l'exerçaient. Comme ils se mêlèrent alors aux adjem (étrangers), la faculté dont nous parlons s'altéra chez eux par l'adoption d'expressions qui ne convenaient pas (au génie de la langue arabe), et qui s'y étaient introduites par l'ha- bitude d'entendre parler ceux d'entre les étrangers qui avaient pris les usages des Arabes. Or c'est de l'audition que provient la faculté du langage. Dès lors, cette faculté se corrompit par un mélange de

' Il s'agit des 'étires formatives, celles ' EHes se retrouvent dans le turc, dans

qui s'ajouîenl à la fonne primitive du verlîe l'iiébreu et dans plusieurs autres langues, alin d'en tirer les formes dérivées; dan.s ' Je suppose que les mots ^J^i.^S^Iî y^

certains cas, elles rendent transitifs le? ont ici la signiticationde,_^JsikJ ^I «jt ^. verbes neutres, et vice versa.

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