Page:Ivoi - La Mort de l’Aigle.djvu/269

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soldat. Fondues en une exaltation incompréhensible, il y lut l’angoisse et la joie.

Doucement il murmura :

— Va, mon vieux Bobèche, va… à onze heures, rends-toi à la maison de Macdonald, tu me ramèneras ensuite à l’hôtellerie que tu auras choisie.

Et le pitre s’en alla, emmenant les deux chevaux que les voyageurs traînaient à leur suite depuis leur arrivée à Troyes.

— À présent, Henry, tu peux parler.

— Non, pas ici… Il fait froid,… la pluie commence à tomber…

— Le temps change, en effet, soupira philosophiquement le fils adoptif de M. Tercelin, mais ce n’est pas une raison pour ne pas se dégourdir la langue, lingua frigida, comme dirait ce bon ivrogne de pope, qui doit nous chercher vainement dans tout Châtillon.

Puis, ce souvenir accordé à Ivan Platzov :

— Où veux-tu me conduire ?

— À mon logement… J’y suis seul ce soir ; mes camarades étant de garde ;… donc nous aurons toute liberté…

— Sapristi tu parles en conspirateur.

— Si je conspire,… c’est seulement pour ton bonheur.

Sur ces mots, de Mirel se mit en marche. Milhuitcent n’insista pas et l’accompagna.

Traversant les différents bras de la Seine qui se ramifie on ce point, formant des îlots verdoyants durant la belle saison, les jeunes garçons parvinrent à la maisonnette dont les propriétaires avaient la charge de loger Henry.

Bientôt tous deux furent installés dans une chambre proprette. Un bon feu flambait répandant une douce chaleur. En face de la cheminée, Espérat s’étira voluptueusement :

— Le fait est que l’on est mieux ici que dans la rue. N’empêche que tu as mis ma curiosité en éveil. Voyons, que désires-tu me raconter ?

— Ma vie, fit sourdement de Mirel.

— Ta vie ?

— Oui. Jusqu’ici les circonstances ne nous ont pas accordé l’heure nécessaire à cet entretien. Aujourd’hui, nous avons le temps ;… je veux en profiter… Qui sait si je vivrai assez pour attendre une nouvelle occasion.

— Pas de ces idées-là, plaisanta Milhuitcent…

Mais Henry l’interrompit :