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LE MAÎTRE DU DRAPEAU BLEU

Les deux Jeunes filles restaient toujours à la même place, absorbées par leurs pensées.

Enfin Mona parut sortir d’un rêve.

— Nous devrions rentrer.

— C’est vrai, répliqua la gentille Japonaise… Sara pourrait s’impatienter.

— Quelle femme charmante !

— Et d’un tact ! Aujourd’hui encore, se condamner à rester toute seule, pour ne pas troubler nos effusions, pour nous laisser toutes à nos adieux !

Sara ne méritait peut-être pas ces éloges.

Esclave de Log, elle souffrait de ne pouvoir dire à ses compagnes le mensonge dont il les enveloppait, et elle avait considéré comme un repos, comme une « vacance », de disposer d’un après-midi, où elle pourrait penser à sa guise, sans composer son visage, sans exprimer le contraire de ses idées.

Car, avec sa nature, la petite duchesse enrageait d’obéir au géant.

Le matin même, selon les ordres de son « bourreau », — entre autres aménités elle lui décernait ce titre, dans la liberté du tête-à-tête avec elle-même, — elle avait remis la lettre dont il l’avait chargée à un émissaire mystérieux.

Curieuse par nature et par raison, elle avait tenté d’engager une conversation avec ce personnage, mais celui-ci lui avait répondu froidement :

— Le Maître hait les paroles inutiles. Donne-moi ses ordres et laisse-moi partir.

Elle n’avait pu en tirer autre chose.

À cette heure, la jeune femme, renversée dans un fauteuil de rotin, au centre du jardinet, situé derrière la maison qui lui avait été désignée comme demeure, lorsqu’elle avait quitté la veille l’Hôtel Guillaume, la jeune femme rêvait.

Devant elle un petit bassin de marbre, où un jet d’eau retombait avec un clapotis joyeux, se tapissait de nymphéas, arrêtait au passage en stries d’or, dans lesquelles passaient parfois des poissons rouges, rubis vivants, les rayons d’une lampe s’évadant de l’intérieur de l’habitation par une fenêtre ouverte. Sara tournait le dos à cette croisée, sans doute pour ne pas voir San, le serviteur fanatique de son ennemi Log.

San était là, étudiant un papier déployé sur la table. Grimoire incompréhensible, formé de caractères