Page:Ivoi - Le Message du Mikado.djvu/351

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aperçut Tibérade qui s’était éloigné de quelques pas. Aussitôt son visage s’éclaira. D’un signe éloquent, elle l’invita à se rapprocher, et le jeune homme ayant obéi, elle lui prit les mains qu’elle appuya sur son cœur, tout en balbutiant d’un organe tremblé :

— Merci, monsieur Marcel. Merci au ciel qui a permis que je fusse sauvé par vous.

— Mais, mademoiselle, bredouilla Tibérade, bouleversé par cette explosion de reconnaissance, ce que j’ai fait, tout autre l’eût fait à ma place ! Rien de plus naturel…

Elle eut un sourire extasié ; ses yeux semblèrent distiller des rayons :

— Vous trouvez naturel de sauter dans une fosse aux lions ?

Il bredouilla, modeste et hors de lui-même :

— Naturel, mais oui, mademoiselle, naturel et pas héroïque du tout !

Le sourire voltigea sur les lèvres roses de Sika :

— Je vous crois, vous le savez, seulement il faut me prouver cela.

— De suite… Si ces vilaines bêtes vous avaient tuée, je n’aurais plus eu la force de vivre, je le savais… Alors j’ai sauvé ma vie en ayant l’air de sauver la vôtre… Vous voyez que ce n’est pas d’un dévouement extraordinaire.

Il s’évertuait à se dénigrer, avec l’impression lancinante que lui, pauvre hère, devait dissimuler sa tendresse pour la riche héritière.

Deux larmes roulèrent sur les joues de la blonde Japonaise. Elle regarda le général, et d’un accent fait de prière, d’affection, caresse d’une volonté aimante :

— Père ! dit-elle, tu entends ?

— Oui, ma chérie, et même je comprends ce que j’entends…

Il y avait une tendre ironie dans ses paroles. Oh ! Il les expliqua de suite en attirant Tibérade sur sa poitrine, et l’y serrant à l’étouffer.

— En me conservant ma Sika, monsieur Tibérade, vous m’êtes devenu cher comme un fils.

— Un fils ! répéta le jeune homme d’une voix étranglée, comme si la respiration lui manquait.