Page:Ivoi - Le Message du Mikado.djvu/371

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Emmie, en qui survivait la conscience qu’il ne fallait pas inquiéter l’esprit soupçonneux d’un adversaire, tenta d’expliquer, d’amadouer le fastidieux poursuivant.

— On nous a dit… ah ! ah ! ah !… que vous étiez fou ! hi ! hi ! hi ! de vous obstiner à laver vingt fois le… ah ! ah ! ah !… le pantalon ! Hi ! hi ! hi !… On nous a conseillé de nous tenir sur nos gardes avec un dément aussi dangereux ! Ah ! hi ! ah ! hi ! ah ! hi !…

L’agent ne put tenir contre cette gaieté. Le rire est contagieux, et tout le monde riait de si grand cœur qu’il se laissa aller, lui aussi.

Emmie, avec une prévenance très diplomatique, lui avança un escabeau, l’obligea à s’asseoir devant les reliefs de la collation, susurrant aimablement et attentionnée :

— Reprenez des forces, monsieur Midoulet. Après la lessive, rien de tel pour se remettre d’aplomb qu’un repas substantiel. À Montmartre, j’ai toujours entendu affirmer cela par les braves femmes qui allaient au lavoir.

Mi-joyeux, mi-mécontent, Célestin se laissait faire. Et la double tendance qui tiraillait son esprit se manifesta par ces phrases :

— C’est égal ! je n’aurais jamais cru que le général prendrait aussi bien l’aventure ; si je m’en étais douté, il y a belle lurette que j’aurais procédé ainsi.

Puis, engloutissant d’un seul coup un de ces gâteaux a la pâte granitée, dans la confection desquels les pâtissiers persans sont incomparables, il reprit :

— Pour mou le colis du mikado ne contient aucun message. Il est un signal convenu, ni plus, ni moins.

— Alors vous nous quittez ? murmura Tibérade.

L’agent pensa s’étouffer dans sa hâte à répondre :

— Mais pas du tout ! Le sens de l’envoi se révélera par la qualité du destinataire. Je m’attache à vos pas, ou plutôt aux pas de M. l’ambassadeur.

— Tant pis, plaisanta la jeune Emmie.

— Non, non, mademoiselle, c’est tant mieux qu’il faut dire ; car, étant plus pressé que quiconque de connaître enfin le mot du mystère, je ferai tout au monde pour faciliter votre voyage au lieu de l’entraver.

Certes, la combinaison constituait une améliora-