Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/115

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


la vie du roi d’Elbe, en déclarant votre désir de le voir transporté aux Açores ou à Sainte-Hélène.

En dépit de la goutte, de sa souffrance, Louis s’était dressé sur ses pieds.

Une pâleur livide couvrait ses traits ; des gouttes de sueur se montraient, telles des perles morbides, sur son front blême.

Le roi, comme tous ses pareils, jouet décoratif de son entourage, symbolisait bien à cette heure la royauté, fantôme mû par des ambitions subalternes.

Il eut un long soupir. Son mouvement avait ravivé sa souffrance.

Il se laissa retomber sur son siège, et vaincu, sans forces pour résister davantage :

— Oui, oui, balbutia-t-il, l’avenir… ! Louis XVIII assassin, vous avez raison. Tout, plutôt qu’une tache de sang sur ma couronne. Dites ce que souhaite M. de Talleyrand.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Le soir même, les conspirateurs tenaient conseil dans l’appartement de la rue Saint-Honoré que M. de La Valette avait loué sous le nom de M. Langlait.

Il fut décidé [1]

1° Qu’il fallait s’emparer d’une lettre autographe du roi confiée à d’Artin pour M. de Talleyrand, afin de la mettre sous les yeux de Napoléon, et lui montrer ainsi ce qu’il avait à redouter de ses ennemis ;

2° Que cette lettre lui serait portée par la seule personne ayant assez d’influence sur lui pour le décider à sortir de l’apathie résignée où l’avaient plongé les désastres de la France. D’une commune voix, les conjurés désignèrent Mme la comtesse Walewska, alors à Vienne, où son mari, M. le comte Walewski, défendait, devant le Congrès, les intérêts de la Pologne ;

3° Qu’Espérat, Bobèche et Henry auraient mission de capturer le vicomte d’Artin, se disant comte de Rochegaule, lequel partait le lendemain comme courrier du roi ;

4° Enfin qu’aussitôt la chose terminée dans le sens du succès, Bobèche rentrerait à Paris afin d’aviser les Cinquante ; ceux-ci devant aider de tout leur pouvoir au triomphe des combinaisons de S. M. l’Empereur, seul souverain reconnu en France.

Après quoi, on s’alla coucher.

  1. Procès-verbal du 18 janvier 1815. Papiers confidentiels de M. de La Valette, soumis au tribunal, lors de son procès après les Cent Jours.