Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/130

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Aussi cette correspondance ennuyait Marie-Louise.

À quoi bon parcourir les lignes où un homme plus grand que tous les autres a mis à nu son âme blessée, si cet homme ne plaît pas, s’il ne fait point partie des colifichets précieux dont on veut parer sa beauté ?

Il est l’élu, il est l’inspiré de l’Infini, il est le bras du Dieu tout-puissant, qu’importe ? C’est l’individu nul, au sourire niais, à la phrase banale qui me plaît.

Dans le murmure des eaux jaillissantes, dans le bruissement des feuillages bercés par des courants d’air savamment ménagés, voilà ce que disait la rêverie de Marie-Louise, somnolant, les yeux ouverts, sans penser à parcourir la lettre où le dominateur du monde avait enfermé sa fièvre.

Comme si le ciel n’avait voulu refuser aucun avertissement à l’épouse, comme s’il avait décidé que jamais la mère de l’Aiglon impérial n’aurait le droit d’invoquer les circonstances atténuantes, le petit duc de Reichstadt se rapprocha d’elle.

Ses yeux d’enfant se fixèrent sur l’enveloppe.

Ils reconnurent des caractères familiers, et tout doucement la petite bouche murmura :

— Mère, c’est papa Poléon qui t’écrit.

Elle tressaillit, froissa la lettre pour la dissimuler, mais l’impérial gamin bondit, crispant ses menottes roses sur la main maternelle :

— Qu’est-ce qu’il dit, papa Poléon ?

Dans leur abri, Espérat, Bobèche, Henry, frissonnaient. Le hasard les conviait à lire dans le cerveau de Marie-Louise.

Une hésitation les bouleversa.

Avaient-ils le droit d’être les inquisiteurs auxquels rien n’est dissi-