Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/134

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Le sable fin avait conservé la trace de ses pas, des pas de l’enfant dans les veines de qui coulait le sang généreux de l’Empereur !

Dans l’air flottait encore le parfum musqué dont l’ex-impératrice abusait.

Ces vestiges amenèrent de nouvelles larmes sous les paupières de Milhuitcent.

— Oh ! gémit-il, les poètes ont menti quand ils ont chanté la tendresse, la générosité royale, l’âme des grands ! Ils ont menti. Leur affection, leur souvenir, sont fragiles comme ces traces de pas sur le sable, comme ces effluves de musc dans l’air.

D’un pied impatient, il effaça les empreintes et, avec un rire étrange, effrayant :

— Il n’y a plus rien, gronda-t-il, plus rien !

Puis il se prit la tête à deux mains et d’un accent mordant :

— Venez, vous autres, si vous avez encore le courage de mourir avec lui, à l’île d’Elbe. Sinon, abandonnez-moi, je n’aurai ni colère, ni surprise ; l’exemple de la trahison vient de si haut !

— Frère, frère, fit doucement Henry, en arrives-tu à douter de nous ?

Espérat se prit à ricaner :

— Pourquoi pas ? Je doute de moi maintenant. Je me demande si moi-même, je resterai fidèle. Ah ! ah ! Napoléon, seul, tout seul, seul à jamais, sans un ami, sans un sourire ! Quelle gloire pour la maison d’Autriche ! Quel triomphe pour les Alliés, égorgeurs couronnés de la Liberté !

Il parlait violemment, oubliant toute prudence.

Ses compagnons voulurent l’entraîner :

— Nous au moins n’abandonnerons ni toi, ni lui, déclara Bobèche.

— À nous trois nous ferons ce que l’univers refuse de faire, appuya Henry.

Espérat allait répliquer. Soudain ses lèvres se fermèrent, ses yeux devinrent fixes.

— L’autre femme blonde, soupira-t-il avec effort !

Sous le portique d’où avait débouché Marie-Louise, une femme en effet venait d’apparaître.

Blonde, Espérat l’avait dit, mais non comme l’ex-Impératrice aux frisons dorés ; celle-ci portait en bandeaux ses cheveux cendrés. Sa figure pâle