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CHAPITRE XVII

De Fontainebleau à l’île d’Elbe. Page d’histoire [1]


La foule ne croit pas aux souffrances des grands.

Le proverbe romain : « La roche Tarpéïenne est près du Capitole », reste vide de sens pour les masses populaires.

Napoléon ier leur apparaît toujours dans une auréole de gloire, accompagné par les salves d’artillerie, les sonneries des cloches. Il est, dans l’esprit humain, une sorte de divinité belliqueuse, dont le calvaire a commencé à Sainte-Hélène.

Erreur ! Le martyre commença avec l’ascension ! Lorsque l’empereur ne se croyait pas observé, son masque pensif disait la mélancolie de l’héritier, victime émissaire de la Révolution. Après le triomphe, pour tracer ses Bulletins destinés aux foules, il embouchait les trompettes des archanges des batailles ; pour qui scrutait son âme, sa victoire était encore triste, car elle avait coulé du sang à sa bien-aimée France.

Et, douleur d’outre-tombe, le Napoléon réel est encore ignoré de presque tous, soit par la volonté mensongère des partis, soit par un arrêt mystérieux du destin.

Le martyre n’avait pas commencé en 1812, dans les steppes neigeux de Russie, mais bien aux premiers jours de l’existence du grand capitaine, pour se consommer, en 1821, sur le roc ardent de Sainte-Hélène. Dix années de tortures, dit-on, pour expier dix ans de triomphes, le summum du désespoir succédant au summum du succès. Erreur ! Toute la vie d’un homme marqué au front par le destin est une agonie. La douleur emplit toute l’existence de Napoléon.

C’est pour cela que le Héros National est plus haut qu’Alexandre, que César, que Charlemagne. Il a gravi le long calvaire de l’humanité, et

  1. Mémoires de Pons de l’Hérault, du général Bertrand, du général autrichien Koller et du colonel anglais Campbell.