Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/190

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— Oui, Campbell.

— Bon, rien de plus facile.

— Chut, chut, Espérat. Je lis dans ta pensée, mon enfant. Non, ton idée ne vaut rien. Campbell n’est point seul ;… il commande à une armée d’espions, que je sens s’agiter autour de moi. S’il disparaissait, on ne manquerait pas de s’inquiéter de son absence, on en avertirait les puissances du continent, et ce que je veux éviter se produirait.

— Alors ?

— Alors, il faudrait… ! De temps à autre, il se rend à Livourne, à Gènes. Lui parti ostensiblement, ses séides sont désarmés, ils attendent son retour pour agir.

— Donc, on devrait le décider à voyager, grommela Milhuitcent, pas commode.

L’Empereur sourit :

— Tu le reconnais ?

Mais déjà, le jeune garçon avait secoué sa tête énergique et fine.

— Pas commode, mais nous trouverons, n’est-ce pas, Henry ?

Avec sa confiance habituelle en celui qu’il avait accepté pour chef, naguère, à Saint-Dizier [1], l’interpellé répondit :

— Sûrement, nous trouverons.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Avec le jour, le vent d’ouest s’était levé. Le ciel roulait de lourds nuages cuivrés. La mer se soulevait en lames frangées d’écume, que les gens des côtes désignent sous le nom de « moutons ».

Tout faisait présager l’approche d’une tempête.

Depuis l’aube, bien qu’il eût à peine dormi, Espérat était assis sur les degrés qui précédaient l’entrée du chalet de Marciana. Près de lui, posés sur la pierre, plusieurs cailloux qu’il saisissait, dès qu’un bruit se produisait sur la route.

Alors, durant un instant, il les lançait et les relançait en l’air, semblant concentrer toute son attention à les

  1. Voir la Mort de l’Aigle, épisode auquel les Cinquante font suite.