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II

Le Retour de l’exilé


La chaîne énorme des Alpes envoie d’innombrables chaînons qui, de gradin en gradin, s’abaissent peu à peu jusqu’au Rhône.

Un cirque de montagnes forme une ceinture au golfe Jouan. Aujourd’hui, de riantes villas, des jardins verdoyants, s’étagent sur les pentes qui regardent la mer. En 1815, toutes les hauteurs étaient boisées.

Or, à mi-pente à peu près, sur un plateau rocheux, d’où l’on découvrait la Méditerranée, les Cinquante étaient rassemblés.

M. de la Valette, Marc Vidal, Bobèche, Tercelin, l’abbé Vaneur, le menuisier Capeluche, le colonel Faberot, le poète Paunier, le pope Ivan Platzov, tous étaient là, braquant des longues-vues sur les flots bleus, espérant à toute heure voir apparaître la flotte elboise.

Abraham Gœterlingue seul manquait à l’appel. Il était resté à Paris, continuant à faire de la propagande commerciale.

La Provence ne l’attirait pas, avait-il dit, et puis le moyen de vendre ou d’acheter sur une côte déserte.

Paroles sages, qui prouvaient le bon sens, et aussi la prudence du digne brocanteur.

Fusils en faisceaux, marmites bouillant sur le feu, tout indiquait un campement de durée.

Il y avait, en effet, plusieurs jours que les Cinquante bivouaquaient en cet endroit, d’où il leur serait facile de se porter à la rencontre de l’Empereur, quel que fût le point où il opérerait son débarquement.

Certes, la gendarmerie royale, qui promenait majestueusement sa cocarde blanche sur la grande route d’Antibes à Cannes, ne se doutait pas qu’elle paradait sous les yeux des hommes, qui, en moins d’une année, utilisant les événements, au besoin les faisant naître, avaient rendu possible et nécessaire le retour du proscrit impérial.