Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/259

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lanciers polonais sous les ordres du général Cambronne. L’Empereur leur avait enjoint de marcher en avant, et de se porter sur Grenoble dès qu’ils le pourraient, afin qu’Hémery, originaire de cette ville, entretînt ses amis, ses parents, et préparât ainsi la reddition de la cité dauphinoise au revenant de l’île d’Elbe.

— Tout marche à souhait, reprit Espérat, et je commence à me rassurer.

— Vous rassurer ?

— Sans doute… Quand Sa Majesté a renvoyé sa flottille à l’île d’Elbe, avec mission, pour le commandant Taillade, d’y prendre Madame mère et la princesse Pauline, et de les conduire à Naples où elles seront en sûreté, je me suis dit ! Il doit vaincre ou mourir, car il se prive de sa ligne de retraite.

— Bah ! il vaincra… Il a une telle habitude d’enchaîner la victoire !

— Je le crois ; tous les obstacles semblent s’écarter d’eux-mêmes. Le 2 mars, nous campions près de Grasse, sous les yeux des habitants curieux mais perplexes. Nous repartons, franchissons les hauteurs couvertes de neige qui séparent la zone côtière du bassin de la Durance.

— Quel froid ! Napoléon, à moitié gelé, dut s’arrêter dans un chalet de la montagne pour se réchauffer devant un feu de broussailles.

Hémery se prit à rire :

— Devant ce feu où l’attendait une surprise…

— De premier ordre ! La montagnarde, dame Droullas, vraiment peu au courant des faits du jour…

— Très peu en effet, l’Empereur lui demande : Avez-vous des nouvelles de Paris ? Le roi va toujours bien ? Elle répond : Le roi ? Vous voulez dire l’Empereur. Les terribles événements de 1814, l’abdication de Napoléon, n’étaient pas parvenus jusqu’à elle.

— Et avec justesse, murmura Hémery, Sa Majesté nous dit : Voilà la vanité de la gloire.

Mais Espérat haussa les épaules :

— Vanité de la gloire, il lui plaît à dire. Sans le prestige de son nom, les cent hommes de Cambronne n’auraient pas pris, sans coup férir, la place de Sisteron, qui garde l’unique pont sur la Durance.

— C’est vrai. Les commandants des places voisines, affolés par leurs serments aux Bourbons, avaient rappelé tous leurs effectifs, si bien que Sisteron, qui eût pu arrêter notre marche, se trouva sans défense.

— Et à partir de ce point, nous ne rencontrons plus que des populations enthousiastes, détestant les nobles, alarmées par les prédications sur les biens nationaux et la dîme. C’est au cri de : Vive l’Empereur, que les