Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/280

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brouillait une couronne de cheveux gris et raides semblant irrémédiablement divorcés avec le peigne.

Il y avait en ce personnage du chacal et de l’épervier. Son aspect répugnait, son regard donnait le frisson.

Il s’était levé avec impatience ; mais en reconnaissant le visiteur, il s’inclina et un sourire mielleux grimaça sur sa physionomie.

— Monsieur le comte de Rochegaule d’Artin, fit-il d’une voix grinçante. Ce m’est un honneur et un plaisir de vous voir en mon humble demeure.

Le gentilhomme daigna sourire.

— Là, là, mon bon Chenalières, ne vous mettez pas en frais d’amabilité ; cela troublerait vos habitudes d’économie,

— Toujours le mot pour rire. Ah ! vous êtes jeune, toujours jeune, Monsieur le comte. Les années ne vous sont pas encore lourdes. Eh ! eh ! depuis le temps où j’étais le banquier du Comité royaliste de Paris, sous l’Autre, elles ont pesé sur mes épaules, les années.

Ainsi qu’il le rappelait, le louche individu avait été naguère le bailleur de fonds, à intérêts exorbitants bien entendu, des conspirateurs royalistes de la capitale.

Avec mélancolie, il reprit :

— Les temps sont durs ; mon pauvre argent s’évapore, et si, comme je le suppose, vous en voulez à ma bourse, j’aurai beau me saigner à blanc, vous n’y trouverez pas grand’chose.

Son interlocuteur haussa les épaules :

— Ne geignez pas, Chenalières, je connais votre situation de fortune aussi bien que vous-même. Souvenez-vous donc que j’ai été chargé des comptes que les alliés vous ont remboursés.

— C’est vrai, c’est vrai. Aussi je ne jouerai pas au plus fin avec vous. Combien vous faut-il ?

— Rien.

— Rien ? répéta le bonhomme avec surprise.

— Rien. Je viens au contraire vous proposer de gagner une somme rondelette.

Les yeux du marchand d’argent brillèrent.

— En gagner ?

— Oui. Écoutez-moi. Sous peu, dans quelques jours, Napoléon rentrera à Paris, maître encore une fois de la France. Vous le saviez ? interrogea le comte remarquant que son compagnon n’avait fait aucun mouvement.

— Oui, les comités royalistes de Vendée s’agitent. Ils se préparent à