Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/30

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nant l’accent méridional qu’il avait abandonné durant la scène précédente.

— Eh té, fit-il, c’est Monsou le comte, je gage.

L’intonation fit sourire son interlocuteur.

— Lui-même, Maître Denis. Très heureux de constater l’empressement avec lequel vous vous êtes mis à la besogne.

— Troun de l’air, Monsou le comte, je suis votre serviteur.

— Vous observiez votre malade ?

— Eh oui.

— Qu’en pensez-vous ?

Le pseudo Provençal gonfla ses joues, étendit les bras en une attitude navrée :

— La pauvre demoiselle, elle est bien prise, bien prise, je peux pas vous le cacher.

— Vraiment ?

— Oui. Le domestique qui me conduisait ici, m’a conté dans quelles circonstances Mlle de Rochegaule a perdu la raison.

— Ah !

— J’ai essayé de réveiller sa mémoire, en rappelant ces circonstances et je n’ai obtenu aucun résultat.

Les sourcils du comte s’étaient froncés, les derniers mots du rebouteur apaisèrent sa mauvaise humeur. Pourtant ce fut d’un ton sec qu’il prononça :

— Voilà une expérience qu’il ne faudra pas renouveler.

Espérat l’interrogea du regard.

— Vous êtes bon royaliste, Maître Denis, continua le gentilhomme ?

— Té, plus royaliste que le roi, farfandieou !

— M. de Baillauris, que j’ai rencontré à Vienne, me l’avait dit. C’est, au surplus, ce qui m’a décidé à vous écrire de là-bas.

Le jeune homme s’inclina.

— Or, il importe à mon…

D’Artin se reprit vivement :

— Il importe au salut du roi que ma sœur demeure, au moins jusqu’à nouvel ordre, privée de raison.

En parlant ainsi, le comte tenait les yeux baissés. Il ne remarqua donc pas l’éclair rapide qui brilla sous les paupières de son interlocuteur. Il ne vit pas davantage les poings du jeune homme se crisper violemment.

— Je ne comprends pas bien Monsou le comte, bredouilla le faux Provençal. Il m’appelle à Paris, à raison de mon expérience dans le traitement de la folie, et il semble m’indiquer que la malade ne doit pas être guérie.