Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/313

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Repoussé d’abord par Davoust, qui l’avait bien jugé, il parvint, grâce à l’appui de Gérard et de Ney, à obtenir de Napoléon le commandement de la 3e division du 4e corps, que le premier de ses protecteurs organisait à Metz.

C’est de la sorte qu’il rejoignit l’armée rassemblée par l’Empereur sur la frontière belge et qu’il s’installa au Bois aux Merles.

En ce moment, il était assis dans un petit salon transformé à la hâte en bureau. Les coudes sur la table, le front enfoui dans ses mains, il ne bougeait pas.

Ouverte devant lui, une feuille de papier disait le sens de sa rêverie.

C’était l’ordre de marche du 4e corps pour la matinée du 15 juin.

Un officier d’ordonnance de Gérard l’avait apporté depuis une heure environ.

Le 4e corps devait partir de grand matin et se diriger vers le Pont du Châtelet sur la Sambre, la 3e division formant avant-garde.

À cette lecture, de Bourmont avait compris. Une action se préparait. Et comme à l’ordinaire des sentiments contradictoires se disputaient sa pensée. Un double désir grondait en lui, celui de voir la France victorieuse, celui de voir triompher la cause du roi.

Et de la lutte de ses pensées, qui emplissait son crâne d’un fracas de bataille, le général se sentait brisé, bouleversé. Une sorte de stupeur hébétée lui rendait impossible tout raisonnement, tout mouvement.

Soudain on frappa à la porte.

— Entrez, fit-il machinalement.

Clouet parut sur le seuil, salua militairement :

— Mon général, il y a là un habitant du pays arrivant de Charleroi. Il a consenti à nous suivre, et nous l’avons amené, avec l’idée que vous pourriez l’interroger utilement.

— Introduisez-le.

Bourmont s’était redressé, heureux d’échapper à la rêverie douloureuse dont il était captif tout à l’heure.

L’officier d’état-major salua, et se retournant vers le dehors :

— Entrez. Le général y consent !

— Me v’la, me v’la, mon bon monsieur.

Ce disant, le paysan que l’officier avait admis en croupe dans la forêt de Beaumont, fit irruption dans la salle.

Du geste, Clouet lui désigna M. de Bourmont, après quoi il sortit sans bruit.

Le nouveau venu prit une chaise qu’on ne lui offrait pas, l’approcha