Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/314

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de la table et s’assit tranquillement en face du commandant de la 3e division.

— Ne vous gênez pas, fit le général avec un sourire.

L’autre ne s’étonna pas.

— Je suis ben fatigué, mon bon seigneur. J’ai dit à vos braves gens que je faisais retour de Charleroi, ce qu’est déjà un ruban de chemin ; mais je viens de bien plus loin que cela.

— Et d’où donc, s’il vous plaît, demanda M. de Bourmont amusé par la tournure de l’entretien ?

— De Gand, mon cher seigneur ; de Gand, en passant par Bruxelles, Liège et Namur.

Le gentilhomme sursauta.

— De Namur, poursuivit paisiblement son interlocuteur, où se trouve Blücher, de Bruxelles qu’habite Wellington, de Gand où Louis XVIII pleure sur les malheurs de son peuple.

D’un seul coup le général se dressa sur ses pieds et d’une voix frémissante :

— Vous n’êtes pas ce que vous paraissez, Monsieur ?

— Je pourrais me formaliser d’une découverte aussi tardive.

— Trêve de persiflage, qui êtes-vous ?

Le visiteur se leva à son tour, salua avec l’élégance d’un courtisan, puis laissa tomber lentement ces mots :

— Je suis le comte de Rochegaule d’Artin très désireux de vous servir.

— De Rochegaule, et vous venez au milieu des soldats de l’Empereur ?

— Vous le voyez, général.

— Vous risquez votre tête.

D’Artin nia du geste.