Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/316

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le lui pardonne ; mais qu’aujourd’hui, il demeure inébranlablement fidèle à l’homme au nom duquel la Vendée est ravagée.

Le général devint blême.

— La Vendée ? bégaya-t-il…

— Vous l’ignoriez, n’est-ce pas ?

— Est-ce que les nouvelles nous arrivent une fois en campagne.

D’Artin était arrivé au point où il voulait amener l’entretien. Il se leva, simulant une joie bruyante, et tendant les mains à son interlocuteur.

— Vous l’ignoriez, c’est ce que j’ai affirmé au roi. Et comme Sa Majesté doutait, ma foi, — j’aime mieux agir que végéter dans l’inaction, — je me suis fait fort de vous joindre et de vous mettre au courant.

— Merci, s’écria Bourmont en serrant les mains du fourbe.

Mais une agitation soudaine le secoua. Une inquiétude était en lui. Bien vite il revint à l’objet de la conversation.

— Vous receviez des nouvelles à Gand ; des nouvelles de Vendée ?

— Oui.

— Et… ?

Le général hésita un instant. Tendant sa volonté, il parvint à achever la phrase commencée.

— Ces nouvelles, quelles sont-elles ?

Avec un embarras simulé, d’Artin courba la tête.

— À la difficulté que j’éprouve à vous les apprendre, je reconnais encore davantage combien les suppositions de Sa Majesté étaient erronées.

Cette réponse ambiguë, aux termes savamment calculés, ne pouvait qu’augmenter l’anxiété de Bourmont.

La pâleur du malheureux augmenta encore.

— Je vous supplie de me répondre sans détours, balbutia-t-il.

Un triste sourire crispa le visage du comte.

— Alors, préparez-vous à souffrir.

Le général lui saisit violemment les poignets.

— Ce que je dois entendre est donc bien affreux.

— Interrogez-moi… Je déplore à cette heure de m’être chargé d’une mission qu’à distance je jugeais moins pénible.

La réplique arracha un gémissement à celui que le traître torturait avec la cruauté savante d’un bourreau.

— Eh bien, j’aurai du courage. Je veux, je veux savoir. D’abord mes deux cousins : Jean d’Armeil et Saturnin de Velcos ? Ils ont, des premiers, pris les armes au cri de : Vive le Roi.

D’Artin joignit les mains :