Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/320

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— Merci, murmura le malheureux officier.

Le comte sortit aussitôt.

La porte refermée, il eut un sourire railleur.

— Imbécile, qui se figure que Blücher lui permettra de ne pas trahir. Niais, va.

Mais une réflexion lui vint :

— Après tout, c’est son affaire. S’il ne parle pas, un autre parlera pour lui ; un autre qui doit en savoir bien davantage.

Il glissa dans sa blouse le mot destiné à Napoléon, pénétra chez l’officier d’ordonnance Clouet et le pria de faire porter de suite la dépêche adressée au général Hulot.

Après quoi, d’un ton indifférent, il ajouta.

— Que l’on prie en même temps un jeune homme, Espérat Milhuitcent, — on le trouvera m’avez-vous dit, au campement de Cambronne, — qu’on le prie de venir ici, de la part de M. de Bourmont.

Et Clouet l’interrogeant du regard.

— Ce jeune homme sait beaucoup de choses. Il ne doit voir ni moi, ni le général ; je vous le confie, mon cher Clouet. Si vous l’amenez avec nous dans les cantonnements prussiens, je crois que le roi ne pourra rien nous refuser.

Cinq minutes après, deux courriers quittaient le Bois-aux-Merles et le comte rejoignait M. de Bourmont.

Celui-ci s’empressait à ses préparatifs de départ.

Mais il était écrit qu’il ne fausserait pas compagnie à l’armée impériale durant cette soirée, car un cavalier arriva bientôt, venant informer le général de division que, par ordre de Napoléon, aucun militaire ou civil ne serait admis à franchir la ligne des sentinelles, Sa Majesté voulant rendre impossible tout avertissement à l’ennemi.

— Eh bien, dit d’Artin, en ce cas, dormons. Nous nous évaderons demain, lorsque nous serons en marche.

À part lui, il ajouta :

— Il était temps, je pense. Toutes ces précautions annoncent que l’ogre de Corse prépare un de ces coups dont il a le secret.

Quand vers minuit, Espérat, ramené par le courrier envoyé à cet effet, parvint au Bois aux Merles, tout dormait au quartier général.

Seul l’adjudant commandant attendait le brave garçon.

— Vous ferez route avec nous, lui dit-il. Le général souhaite qu’aussitôt les ordres de Sa Majesté exécutés, vous alliez informer l’Empereur de cet heureux résultat.