Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/325

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Monsieur de Bourmont, M. le feld-maréchal sait quelles considérations particulières vous ont détaché de Napoléon. Il ne veut pas vous faire l’injure de vous demander un renseignement militaire quelconque. Afin d’être certain de résister à sa curiosité, il renonce au plaisir de vous voir. Vous êtes libre, ainsi que vos officiers. Je vais vous mettre à même d’atteindre Gand.

Il s’arrêta :

— Vous avez compris, hauptman ?

— Oui, feld-maréchal.

— C’est bien, allez.

Et tandis que l’officier s’éloignait, Blücher se frotta vivement les mains.

— Je n’ai pas besoin de questionner cet imbécile. D’Artin parlera sans peine, et le jeune Espérat, lui, parlera aussi, dussè-je le mettre à la torture.

D’Artin se montrait à ce moment à la petite porte accédant au jardin. Le maréchal courut à lui, jeta un coup d’œil sur ses vêtements de paysan, sourit :

— Mon compliment. Vous avez pleinement réussi.

— Les nouvelles de Vendée ont décidé Bourmont.

— Et ses officiers ?

— L’appât des munificences royales.

— Parfait. Mais le jeune drôle… ?

— Espérat ? La ruse.

— Vite, contez-moi cela.

En quelques mots, d’Artin mit son interlocuteur au courant. Il dit comment il avait attiré Milhuitcent au Bois aux Merles, comment au matin on s’était mis en route, le jeune homme confié à Clouet et aux officiers ses complices ; Bourmont et lui-même chevauchant à l’extrême pointe d’avant-garde, hors de la vue de l’ami de l’Empereur.

Puis l’arrivée à proximité des vedettes prussiennes, l’ordre envoyé à Clouet de joindre le général. Ce dernier se séparant des six chasseurs qui formaient son escorte et allant attendre les conjurés à cent mètres en avant, à l’abri d’un taillis. Et enfin la venue de ceux-ci avec Espérat, la surprise du pauvre garçon saisi, lié, réduit à l’impuissance, et emporté au triple galop parmi les lignes de l’armée du feld-maréchal.

— Et, reprit enfin Blücher, cet adolescent est le confident de Napoléon ?

— Oui ; l’Usurpateur a toute confiance en lui. C’est d’ailleurs un adversaire avec lequel il faut jouer serré. Rappelez-vous Châtillon.