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XIV

Fleurus-Ligny


Une pente couverte d’arbres, partagée en une infinité de jardinets par des murs bas ou des enclos de lattis ; la déclivité se termine par un ravin profond. Au delà s’étend la plaine accidentée de Fleurus, avec au centre, un haut moulin à vent qui domine tout le pays.

Plus loin encore la ligne sinueuse des arbres de la forêt de Fleurus.

Voilà ce qu’Espérat aperçoit, au matin du 16 juin, de la fenêtre où l’a conduit son gardien Christian Wolf.

Toute la nuit, obéissant aux ordres du feld-maréchal, l’armée prussienne s’est concentrée sur les hauteurs de Saint-Amand et de Ligny.

Ces deux villages, les fermes, les jardins ont été fortifiés, les murs crénelés, les rues coupées par des barricades.

C’est à Ligny que Milhuitcent a été conduit. Il a marché plusieurs heures, les poignets garrottés derrière le dos, par une corde dont Christian tenait l’extrémité. Il a subi les plaisanteries du lourd Allemand :

— Si tu désires causer avec le feld-maréchal, tu sais qu’il m’a dit de te détacher.

Car Blücher n’a pas jugé son prisonnier à sa valeur. Il a pensé que la souffrance, la fatigue, l’imminence du danger, abattraient l’orgueil d’Espérat, viendraient à bout de sa grandeur d’âme.

Aux invites de trahison du géant roux, le captif n’a pas répondu. Alors le Poméranien s’est irrité, passant de l’ironie à l’injure.

— Bien, bien, tu veux te taire. À ton aise, mais n’espère pas m’échapper. Jeté tiens en laisse, chien de Français.

Brutalement, Wolf tend parfois la corde, faisant trébucher le jeune homme à la secousse inattendue, lui meurtrissant les poignets par l’augmentation de pression des liens.

Milhuitcent n’a, pas daigné se plaindre.