Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/352

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Milhuitcent l’ignore, mais il constate que le silence s’est fait aussi sur la rive occupée par les Français.

Et soudain un roulement de tambours, des notes stridentes de trompettes retentissent dans la grande rue.

C’est la charge, encore la charge.

Un flot humain se présente à l’entrée du pont, s’engage sur le tablier de bois, s’engouffre dans la rue qui fait suite.

Les cris, détonations recommencent, rythmés par la charge qui s’éloigne, démontrant que l’ennemi fuit.

Auprès du prisonnier, Christian est venu.

Sombre, il considère la colonne française qui passe toujours sur le pont. Il réfléchit.

Un sourire féroce grimace sur sa face bestiale. De sa poche, il tire un couteau grossier, tranche les liens d’Espérat, et mettant son fusil entre les mains engourdies du jeune homme, il lui dit d’une voix menaçante :

— Tire sur tes amis.

Milhuitcent a un tressaillement.

Une colère généreuse gronde en lui. Tirer sur les Français, jamais ! Quelle âme de boue a donc ce Prussien pour avoir conçu une telle pensée ?

Mais l’athlète a saisi les bras du captif de ses mains puissantes. Espérat a l’impression d’être pris dans un étau. Il essaie de résister, de se débattre, mais la force de Christian est trop supérieure. Milhuitcent n’est qu’un jouet entre les poings herculéens de son geôlier.

— Tire, répète ce dernier.

Et son étreinte se fait plus âpre, plus violente. Il semble au captif que ses muscles, ses os vont éclater sous la pression sans cesse plus cruelle.

— Tire, rugit le colosse pour la troisième fois.

Non, plutôt mourir.

Espérat se raidit, se contracte, réunissant toute sa vigueur pour lutter contre l’ordre impie.

Effort inutile, dont le géant ne paraît même pas s’apercevoir.

Il ricane :

— Ah ! petit gueux, on veut faire à sa tête.