Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/355

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Pour la pauvre mère qui lui a donné le jour, qui attend et espère peut-être, dans une ville d’Allemagne, le retour du fils chéri, il faut secourir le malheureux.

On dirait que le moribond devine ces pensées pitoyables.

Son regard adouci semble remercier par avance.

Espérat n’hésite plus. Il se penche sur les morts. Il secoue les gourdes que les cadavres ont conservées en bandoulière.

Enfin en voici une où glougloute le précieux liquide. Il la prend, s’approche du blessé, s’agenouille auprès de lui et appuie le goulot à ses lèvres.

Christian boit avec volupté. La gourde est bientôt vide.

La teinte rouge du visage du soldat s’est effacée, une blancheur spectrale s’épand sur ses traits. Ses yeux tournent dans les orbites ; un murmure siffle sous sa moustache. Le jeune homme distingue confusément ces syllabes :

— Bonté… merci… pardon.

Un sursaut agite tout le corps du géant. Sa tête se renverse en arrière. Une exhalation profonde dégonfle sa poitrine, et puis plus rien.

Christian Wolf, la brute fidèle, dont la férocité de Blücher a fait une bête fauve, est entré dans le grand inconnu.