Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/368

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C’étaient, en effet, Emmanuel, marquis de Grouchy, maréchal de France et Dominique-René Vandamme, comte d’Umbourg, général de division.

Dans la salle à manger où ils se tenaient, adossés à un grand bahut de poirier verni, ils formaient un contraste frappant.

Du même âge à peu près, le maréchal ayant vu le jour en 1766 et Vandamme en 1770, le premier semblait beaucoup plus vieux. Ses traits tirés, ses cheveux, ses favoris clairsemés, indiquaient la fatigue. Sa physionomie avait ce je ne sais quoi de naïf et de vaniteux que l’on retrouva plus tard chez les bourgeois nés de la plume de Nodier.

Vandamme, au contraire, était resté jeune. Tout en lui respirait la vigueur. Ses cheveux frisottants, ses favoris fournis, le regard ferme, le menton volontaire.

D’un coup d’œil, Espérat embrassa les personnages et, durant l’entretien, fixa constamment son regard sur le général de division.

Celui-là lui inspirait confiance. Lui décidé, actif, il reconnaissait en Vandamme l’être d’activité et de décision.

Sans embarras, il conta brièvement ses aventures depuis l’avant-veille, son arrivée au milieu de la nuit, la conversation de Blücher et de d’Artin. Par une pudeur compréhensible, il évita de nommer son frère. Il le désigna comme un gentilhomme inconnu de lui.

Grouchy écoutait avec une oscillation de tête lasse.

Vandamme approuvait de temps à autre par un :

— Très bien !

Et sa voix sonore emplissait la salle.

Quand l’adolescent eut achevé, ce fut lui qui prit la parole.

— Sois tranquille, Blücher ne gênera pas l’Empereur. Pour aller au secours des « Wellington », il devra nous passer sur le ventre,… et ce ne sera pas aussi commode qu’il l’imagine. Au surplus tu le verras, car tu nous accompagnes.

Milhuitcent se récria :

— Non, je veux rejoindre l’Empereur.

Les généraux se prirent à rire :

— Gourmand, va ; c’est la grande bataille qu’il te faut. Va donc.