Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/374

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— Gudin ! s’exclama-t-il.

— Lui-même.

En effet, Milhuitcent avait devant lui ce gentil garçon de dix-sept ans, dont le père, ami dévoué de l’Empereur, était mort, en 1812, à Valoutina.

— D’où venez-vous donc ? continua le page. On prétendait que vous aviez passé à l’ennemi avec de Bourmont.

— Je veux parler à l’Empereur.

— Pour le moment, n’y comptez pas. Sa Majesté va reconnaître elle-même les abords de la position anglaise.

Espérat eut un geste d’impatience.

Depuis deux jours, il semblait que le destin s’acharnât après lui. Petites ou grandes causes se multipliaient, ayant pour effet de le retarder sans cesse. Il eut une idée.

— Je pourrais l’accompagner.

— À pied ? plaisanta le page.

— Non, vous me feriez prêter une monture.

Gudin sans doute allait protester quand l’organe vibrant de l’Empereur se fit entendre.

— Qu’un des hussards mette pied à terre et confie son cheval à mon ami, le comte de Rochegaule.

Le jeune homme se retourna.

Debout au seuil de la ferme, la silhouette de Napoléon se dessinait sur le quadrilatère éclairé, ainsi que sur une gloire.

— Oh ! Sire, commença l’adolescent.

Mais l’Empereur lui coupa la parole.

— Pas de discours. En reconnaissance d’abord. Tu me conteras tes aventures au retour.