Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/380

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ceurs du sommeil, l’Empereur veillait pour le salut de son armée endormie.

Un nouveau contre-temps l’attendait.

La pluie venait de cesser, mois la terre détrempée rendait impossible les manœuvres de la cavalerie et de l’artillerie.

Vers neuf heures les troupes se déploient en onze colonnes : Reille en face du bois, du château et de la ferme de Hougoumont ; Drouet d’Erlon au-delà de la chaussée de Bruxelles ; Lobau formant une première réserve. Enfin la Garde rangée des deux côtés de cette chaussée.

À dix heures, l’Empereur appelle Marc et Espérat qui, impatients se tenaient dans la cour, regardant la plaine où évoluaient les régiments.

— Je vais établir mon quartier général à la ferme de Belle-Alliance ; vous m’y retrouverez. Toutes les patrouilles anglaises doivent être rentrées maintenant, en prévision de l’attaque que mes dispositions annoncent. J’espère donc que vous arriverez sans encombre à votre destination.

Le cœur de ses auditeurs bat de gratitude.

Le chef suprême, en ce matin de bataille, a songé à eux. Il a pensé à leur éviter la malechance d’être capturés par un parti ennemi.

Ils bredouillent des remerciements. L’Empereur les interrompt :

— Bonne chance, mes amis.

Ils répondent avec toute leur âme :

— Bonne chance, Sire, à vous surtout.

Il accueille le vœu d’un bon sourire.

— Oui, pour la France, pour la Liberté.

Il a un adieu de la main. Pour eux, ils s’éloignent. D’un pas allongé, ils prolongent la ligne de bataille française. Ils dépassent les dernières fractions attendant le signal de l’attaque. Puis des arbres, des buissons leur masquent la plaine où le sang va couler à flots. Les bruits diminuent d’intensité, s’effacent.

Nul ne croirait que deux cent mille hommes sont sur le point de s’entrechoquer.

La route suivie par les piétons décrit de nombreuses sinuosités, des feuillages épais la bordent et l’isolent.

Elle est déserte. On dirait que sous le ciel, Espérat et Marc Vidal sont seuls vivants.

Ainsi ils atteignent la rive de la Senne.

La jolie rivière coule entre des rives basses, frangées de roseaux, au-