Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/393

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— Nous ne savons, mais venez, Lucile, venez. Du haut de cette colline, nous apercevrons le champ de bataille.

Sa main désignait le mamelon de Bellevue d’Hal.

Mlle de Rochegaule ne demanda rien de plus. D’un ton décidé, elle prononça seulement :

— Allons.

Tous trois sortirent.

Parvenu à la passe où les pierres permettaient de traverser à pied sec le ruisseau de Mollenbecke, Marc Vidal, sans une parole, enleva Lucile dans ses bras. Elle n’eut pas un mouvement de résistance. En se réveillant à la raison, elle avait reconquis d’emblée son absolue confiance dans ceux qui l’accompagnaient.

La folie était une lacune dans sa vie, une sorte de faille morale, et son âme pensante, revenue, se soudait au point précis où elle s’était envolée.

Au delà de l’eau murmurante, le sentier en lacet escaladait la pente de Bellevue. Ils s’y engagèrent d’un pas pressé, bientôt ralenti par la nécessité d’attendre Lucile.

La raideur du chemin fatiguait la noble enfant, que la dernière crise de la démence en déroute avait brisée. Espérat lui prit un bras, le commandant Vidal l’autre, et, la soutenant ainsi, la portant presque, essoufflés, heureux d’être libres et réunis, anxieux de ce qu’ils allaient voir, ils atteignirent le sommet.

Un instant, ils demeurèrent saisis par l’immensité du panorama étalé sous leurs yeux.

Le soleil s’abaissait vers l’occident, projetant en avant d’eux leurs ombres démesurément allongées, et à l’horizon est, au-dessus des arbres, des coteaux, des buées violacées, avant-garde du crépuscule, montaient de la terre, envahissant lentement le ciel.

— Quel est ce pays, murmura doucement Lucile ?

Et comme ses compagnons ne répondaient pas, absorbés par le souci de discerner, sur ce vaste échiquier de la nature,