Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/407

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des pieds. Son bras étendu pointe vers la nue le drapeau qu’il vient d’enflammer.

Au vent ses cendres, mais pas à l’ennemi.

— Vive l’Empereur ! rugissent les derniers survivants.

Et tout s’éteint.

Espérat, frappé à son tour par les balles, roule au bas du piédestal de mort, entraînant le drapeau, qui achève de se consumer auprès de son corps sans mouvement.

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La nuit est venue.

Des lumières, des feux brillent sur les hauteurs. Les Anglais et les Prussiens bivouaquent là, se reposant de leur victoire.

Mais le brouillard monte de la vallée où la Garde vécut son ultime agonie. Il monte, s’étend, s’épaissit. Les lumières se voilent, s’atténuent, disparaissent.

Un ciel de ténèbres recouvre comme un suaire une terre d’ombre.

Obscurité tragique, silence sinistre succédant au tonnerre de la bataille, à l’irradiation du jour.

Et cependant là-bas, tout au fond de la vallée de mort, auprès d’une extumescence de terrain, on discerne une forme confuse.

Qu’est-ce donc ?

Entre deux nuées rayonne le regard d’une étoile. Horreur ! La butte qui bossue la plaine est un monceau de cadavres ; la forme vague, étendue tout près est celle d’un trépassé.

La lumière stellaire dégage de l’ombre le visage de l’être immobile. Espérat ! C’est Espérat !

Il est pâle, exsangue, les lèvres sont décolorées, les traits inertes. Le brave enfant a tenu le serment des Cinquante : Vaincre avec l’Empereur, ou verser tout son sang pour Lui.

Il semble avoir rendu l’âme, avec ses yeux grands ouverts, rivés sur un point de l’espace où peut-être ils voient l’Infini, la signification de la vie.

Il est mort dans cette sublime contemplation.

Mais non, les paupières palpitent. L’existence n’est point encore éteinte, l’esprit ne s’est point dissocié de la matière, l’étincelle divine est encore captive du corps.

Les balles, les baïonnettes l’ont atteint.

Son sang a coulé à flots d’abord, puis le ruisseau rouge s’est réduit.

À présent il est tari. De temps à autre seulement, le jeune homme sent