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CHAPITRE VII

Le Clos noir


L’hôpital Saint-Louis, enclavé aujourd’hui dans le dixième arrondissement de Paris, se trouvait, à la fin de 1814, hors du périmètre de l’agglomération parisienne.

Sans doute l’édilité avait prévu l’agrandissement de la capitale ; des rues, tracées à travers champs ou limitant des parcs, l’indiquaient suffisamment ; mais la foule des agioteurs de terrains, qui précède toujours la population, ne s’était pas encore disputé les parcelles du sol.

Or, à cent mètres à l’ouest de l’hôpital Saint-Louis, à peu près sur l’emplacement actuel de l’hospice militaire Saint-Martin, dans l’angle formé par les rues des Récollets et de la Grange-aux-Belles, une haute grille rouillée, supportée par un petit mur moussu, permettait d’apercevoir un jardin touffu, où les arbres, les buissons, poussant à l’abandon, formaient un rideau de branchages qui interceptait la vue à dix pas.

Une porte cochère grillée avait dû jadis servir d’entrée aux propriétaires du lieu, mais depuis longtemps sans doute elle s’était déshabituée de tourner sur ses gonds, garnis, comme feutrés, d’une floraison de rouille.

Les plus vieux habitants des environs prétendaient qu’au centre du jardin se dressait une spacieuse demeure, ancienne « petite maison des champs » d’un grand seigneur de la cour du roi Louis XV.

On racontait des histoires à faire dresser les cheveux sur la tête : enlèvements à main armée, orgies, meurtres. À entendre les narrateurs, les murs, invisibles derrière le rempart de la végétation, auraient été arrosés de sang et de larmes.

Résultat de la légende, on ne désignait la propriété que sous le nom de Clos Noir.

En dépit des commérages, le Clos Noir présentait tout simplement l’aspect d’une résidence abandonnée depuis longues années.