Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/70

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Des applaudissements frénétiques saluèrent sa péroraison. De toutes parts des mains frémissantes se tendirent vers le brave Capeluche.

Mais le président se leva, et aussitôt le silence se rétablit comme par enchantement.

— Frères, prononça lentement M. de La Valette, pourquoi nous étonner de voir le peuple sentir comme nous les blessures de la défaite. Tous, tant que nous sommes, ne représentons-nous pas le peuple de France régénéré par la Révolution ?

— Si, si, rugit l’assemblée.

— Alors, continuons nos travaux avec calme. Quelqu’un a-t-il quelque chose à dire ?

— Moi, s’écria un gros garçon assis sur le premier banc, moi.

— Ah ! ah ! glapit Capeluche, Abraham Gœterlingue, le brocanteur. Parle, mon fils, parle, bien sûr ton bedit gommerce n’y perdra rien.

On rit.

Mais le brocanteur sans s’émouvoir.

— Le gommerce, déclama-t-il, le gommerce, c’est l’archent et sans archent, on ne fait pas la guerre.

— Un ban pour Abraham.

Le négociant sourit, attendit que ses auditeurs fussent revenus au calme, et avec une placidité goguenarde :

Ch’avais dans ma macasin, une ficurine té Ponaparte. Ça valait bien tix sous, che l’ai fendue tix francs.

— Oh ! l’honnête marchand, plaisanta le charpentier.

Abraham poursuivit :

— Quand ch’ai fu cela, ch’ai fait des reproductions en plâtre te ce statuette. Oh ! c’était crossier et filain, mais ça rabbelait l’Embereur… ch’ai tout fendu aussi cher que le bremière.

— Qu’est-ce que tu prétends prouver ? demanda le Président.

— Qu’il y a acheteurs pour ce qui rabbelle l’Embereur. Ch’ai aferti