Page:Jacobus X - L'amour aux Colonies, 1893.djvu/301

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mariage. Mais, comme le nombre des femmes est très inférieur à celui des hommes, il en résulte qu’une seule femme est la propriété de plusieurs maris. C’est ce groupe de maris, ayant une femme commune, que j’ai désigné sous le nom d’escouade. Ils habitent ensemble une case, avec l’épouse commune.

Condition de la Popinée. — Tous les jours, la Popinée travaille comme une véritable bête de somme et, la nuit, elle a à satisfaire les désirs de ses mâles. Comment font ceux-ci pour avoir chacun leur part du gâteau conjugal ? je n’ai pu obtenir là-dessus de renseignements précis. Ces Messieurs prennent-ils un jour spécial pour visiter Madame, comme les gandins Parisiens qui entretiennent à quatre ou à huit une cocotte ? ou bien, les plus forts et les plus vigoureux se font-ils la part du lion, ne laissant à leurs associés que les débris du festin, quand ils sont complètement rassasiés ? Je n’ai pu avoir là-dessus de détails exacts. Il est probable que l’amour, ce sentiment si noble du cœur humain, n’est pour rien dans les ménages Canaques. La pauvre Popinée subit les approches des mâles, quand ceux-ci sont en rut. La grossesse n’est point un empêchement ; l’allaitement non plus, prolongé pendant trois ou quatre années.

Le Casser-bois Canaque. — On conçoit qu’il ne faille pas demander au Canaque beaucoup de ménagements pour la femelle commune, d’autant plus que la Popinée est réellement laide à faire peur. Aussi, l’amour se fait-il sans aucune préparation préliminaire. Le Canaque en rut allonge la femme sur le dos sur un paquet de broussailles et d’herbe qui lui sert de litière (le mot peint fort bien ma pensée), et la besogne tout bonnement dans la position classique de l’humanité entière. On appelle cet acte, casser bois. Peut-être ce nom vient-il de ce que les Canaques font quelquefois l’amour dans la