Page:Jacques Roux à Marat.djvu/13

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nié, persécuté, je vois continuellement la patrie sur les bords du précipice, je ne la vois entourée que de traitres, que d’hypocrites, que de fripons : ayant un tableau aussi allarmant, aussi désespérant sous les yeux, est-il possible de ne pas exprimer avec chaleur ce qu’on sent ; n’est-ce pas le modérantisme qui a perdu la chose publique ? Ne sont-ce pas les demi-mesures qui ont plongé la nation Française dans un abîme de vices et de malheurs ? Ainsi, quand j’aurois un patriotisme exalté, quand j’aurois été outré dans mes expressions, il ne faut pas, Marat, me traîner dans la boue ; les injures que tu me dis, à cette occasion, m’honorent ; il est utile pour la chose publique qu’il y ait des ames chaudes, véhémentes, des hommes qui éclairent, entraînent et subjuguent, des hommes qui électrisent et remuent souvent l’opinion publique, de peur qu’elle ne croupisse. Eh ! quoi ! penserois-tu, Marat, que la constitution est solidement assise ? penserois-tu que le peuple n’a rien à redouter des ennemis du dedans et du dehors ? penserois-tu que nous sommes parvenus à ce degré de gloire et de bonheur auquel nous avons lieu de prétendre ? Non, sans doute. Il faut donc encore que des hommes courageux, énergiques et bons démasquent les traîtres, et rappellent avec respect les législateurs à leur devoir : il faut, donc qu’ils sonnent, non le tocsin de l’insurrection, mais qu’ils fassent entendre la voix puissante de la raison et de la sagesse.

Je ne répondrais pas, Marat, au reproque tu me fais d’avoir été chassé du club des Cordeliers. Tu sais que deux jours auparavent le président m’avoit donné au nom de la société, l’accollade fraternelle,