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ET LA SŒUR GRISE.

empressés et invisibles dressaient la table ; le vin, les fleurs, la glace, le gibier enveloppé dans ses plumes brillantes, toutes les choses qui sourient naturellement dans le verre, dans la porcelaine, autour des lustres, autour des femmes, souriaient sur la table avec un abandon qui est le comble de l’art ; jamais si vives ne m’étaient apparues, même dans mes songes d’été, toutes ces splendeurs.

— Par Dieu ! dis-je au diable, je conçois maintenant que tous ces gens-là soient morts sans se plaindre : ils savaient ce que vaut la vie, ils en avaient cueilli toutes les fleurs, épuisé toutes les coupes, étudié et gaspillé, une à une et toutes à la fois, toutes les grâces, toutes les voluptés, toutes les nudités. Par Dieu ce n’est pas si difficile de mourir quand on est ainsi arrivé au plus haut point où peut monter l’esprit, la révolte, l’orgueil, la puissance, l’égoïsme, le mépris pour tout ce qui n’est pas soi !

— Je vous ferai remarquer, reprit le dia-