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ET LA SŒUR GRISE.

et nonchalante, quelle torture ! Tous ces jeunes gens que tu vois la je les ai bien aimés, ils ont été mes compagnons et mes frères ; je me suis battu avec leur épée, j’ai parcouru la ville sous leur manteau, j’ai emprunté leurs mains blanches, leurs armoiries et leurs visages pour dompter, pour séduire, pour perdre à jamais plus d’une innocence rougissante qui se perdait en fermant les yeux ; plus d’une fois, sous le masque de ces petits marquis, dont les grands-pères avaient été fauchés par le cardinal de Richelieu et qu’eux-mêmes attendait l’échafaud, me suis-je perdu dans !e bal de l’Opéra, cherchant tout simplement la reine de France, et cependant, tout en partageant leurs désordres, me suis-je écrié en moi-même : — Les imbéciles ! comme ils se perdent à plaisir ! comme ils n’ont pour eux-mêmes ni pitié ni respect ! Tous ces privilèges que leur avaient ramassés leurs pères avec tant de périls et de damnations éternelles, ils les jettent au vent aujourd’hui comme si de-