Page:Jaurès - Histoire socialiste, VI.djvu/148

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terrible » ; si les chefs se soumettent, Brune doit accepter ces soumissions, mais « sans aucune espèce de pourparler diplomatique ».

Brune prit son commandement à Nantes le 20 janvier, et les opérations commencèrent aussitôt avec un double aspect : opérations pour la pacification par Hédouville, opérations de guerre par Brune. « Je porte la terreur et le respect, écrit Brune[1], et le général Hédouville attire la confiance. Voilà deux rôles. »

Le 22 janvier 1800[2] (2 pluviôse an viii), Bourmont, attaqué à Meslay par le général Chabot et complètement battu, demandait à se soumettre comme venaient de le faire d’Autichamp, de Suzannet et de Châtillon. Peu après, La Prevalaye, qui tenait dans la Haute-Bretagne, réclamait la paix, à son tour (29 janvier), suivi, après quelques combats sans grande importance mais favorables aux troupes consulaires, par du Boisgny.

Les opérations contre Cadoudal marchèrent dès lors rapidement. Brune, conformément aux instructions du premier consul, dirigea sa concentration sur le Morbihan, et ses lieutenants, Hardy, Gemy, Grigny, refoulèrent et battirent les troupes de Georges à Grand-Champ, Plaudren, Muzillac, interceptant, par l’occupation de la presqu’île de Rhuis, les communications entre le rebelle et les Anglais. De Vannes, Brune s’empressa d’adresser une proclamation aux habitants du Morbihan, promettant l’amnistie pour tous ceux qui renonceraient à demander aux étrangers leur appui et voudraient accepter la constitution républicaine, mais montrant, avec les échecs partiels partout éprouvés par les chouans, la défaite finale qui les attendrait s’ils persistaient à vouloir combattre : « Vous avez déjà éprouvé des pertes sensibles dans quelques petits combats, dans des rencontres de troupes en marche ; mais, malheureux, l’heure terrible de la guerre, de la guerre dévastatrice n’a pas encore sonné ! ». Georges Cadoudal, sans l’appui anglais et serré de près par des troupes bien commandées, ne pouvait tenir longtemps. Il capitula. Mais c’est à ce moment que se produisit un singulier incident qui montre la faiblesse au moins singulière d’Hédouville et l’embarras où ses relations personnelles avec le monde chouan mettaient aussi bien Brune que le premier consul. Hédouville, en effet, au lieu de stipuler avec les chefs qui lui avaient fait leur soumission la nécessité absolue d’un désarmement complet, avait « laissé leurs fusils, pour leur défense personnelle, aux propriétaires et aux fermiers… ». Brune exigeait de Georges qu’il se rendît sans condition. Bourmont, qui s’en était tenu aux stipulations d’Hédouville et n’avait pas désarmé, écrivit au général en chef, le menaçant de reprendre la campagne si Georges était désarmé. Bonaparte, mis au courant, s’emporta et écrivit à Hédouville, le 13 février : « Bourmont nous joue. Il n’a rendu ni ses canons ni ses armes. Donnez l’ordre aux généraux qui commandent au Mans et à Laval de réunir

  1. Lettre à Bonaparte, le 22 janvier.
  2. La suspension des armes était expirée de la veille.