Page:Jaurès - Histoire socialiste, XI.djvu/379

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


« Décrète :

« Article premier. — Toute personne prévenue de complicité avec le gouvernement de Versailles sera immédiatement décrétée d’accusation et incarcérée.

« Art. 2. — Un jury d’accusation sera institué dans les vingt-quatre heures pour connaître des crimes qui lui seront déférés.

« Art. 3. — Le jury statuera dans les quarante-huit heures.

« Art. 4. — Tous les accusés retenus par le verdict du jury d’accusation seront les otages du peuple de Paris.

« Art. 5. — Toute exécution d’un prisonnier de guerre ou d’un partisan du gouvernement régulier de la Commune de Paris sera, sur le champ, suivie de l’exécution d’un nombre triple des otages retenus en vertu de l’article 4 et qui seront désignés par le sort.

« Art. 6. — Tout prisonnier de guerre sera traduit devant le jury d’accusation qui décidera s’il sera immédiatement remis en liberté ou retenu comme otage. »

Nous avons tenu à reproduire ce document dans son texte intégral, puisqu’aujourd’hui encore il constitue contre la Commune une des charges le plus souvent et le plus complaisamment invoquées par les historiens d’hypocrisie et de mensonge. Ce décret était juste : il était légitime : il était nécessaire. Il formulait la réplique obligatoire aux atrocités sans nom que les défenseurs des classes privilégiées avaient déjà commises. Par malheur, la Commune répliquait à une heure où les vrais otages, les plus précieux : ministres, députés, généraux, grands brasseurs d’affaires et agioteurs, s’étaient garés à l’abri des canons de l’ordre et des chassepots de l’armée régulière reconstituée grâce à la permission et à la faveur prussiennes. Le gouvernement révolutionnaire ne pouvait appréhender que quelques attardés : un archevêque, un magistrat, un banquier marron, des jésuites et des prêtres, tous gens dont Thiers et l’Assemblée nationale n’avaient en somme qu’un médiocre souci. Cependant la mesure suffit pour paralyser jusqu’à la dernière semaine de mai la fureur de répression qui brûlait Versailles. Malgré tout, la Commune avait donc frappé juste.


LA COMMUNE EN PROVINCE


Pendant que la Révolution perdait sous les murs de Paris sa première bataille et de l’offensive était rejetée sur le terrain d’une défensive précaire, un à un s’éteignaient en province les foyers insurrectionnels qui s’étaient allumés durant les derniers jours de mars. La province n’était pas alors ce qu’elle est devenue. Le développement capitaliste n’avait pas encore entassé dans ses bagnes usines et ses bazars capharnaüm tout un peuple de salariés et d’exploités. Les agglomérations industrielles étaient plus clairsemées et moins denses et quelques-unes seulement avaient été touchées par la propagande des