Page:Je sais tout magazine - Le Retour d'Arsène Lupin, partie 2.djvu/6

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Sonia. — Comment ?

Germaine. — On calte, on démarre ; enfin, quoi, on fiche le camp. Qu’est-ce qu’on vous apprend donc en Russie ?

Sonia, qui est montée sur une chaise et a pris un livre. — Vous permettez, Monsieur Georges, que je vous emprunte un livre ?…

Georges. — Mais, je crois bien. Lequel ?

Sonia. — C’est un livre traduit de l’anglais : « De la supériorité des femmes vierges sur tous les hommes et même sur les autres femmes ».

Germaine. — Croyez-vous, hein ? quel numéro !… Ah ! dites-donc, vous allez me donner une parole d’honneur…

Georges. — À propos de quoi ?

Germaine. — Vous ne direz à aucun de vos invités que je suis venue. Au fond, ça n’est pas convenable.

Georges. — C’est entendu.

Germaine. — Même pas au beau d’Andrésy, vous savez que Sonia est folle de lui.

Sonia. — Mademoiselle…

Germaine. — Vous en mourrez. (La poussant.) Good by you !…

Georges. — Good by you !

(Elles sortent, reconduites par Georges.)

Scène VI

Bergès, D’Andrésy, Faloise, Grécourt, Brizailles


Bergès. — Alors, quoi, vraiment, vous croyez que vous pourrez m’obtenir ça ?…

D’Andrésy. — Que le président de la République assiste à votre assaut d’honneur ? Mais c’est la moindre des choses. Je m’en charge.

Bergès. — C’est vrai ? Vous comprenez, notre cercle est tout jeune. Ça lui donnera une consécration… Je vous remercie… et ça au nom de tous mes collègues. Vous connaissez donc le président de la République ?

D’Andrésy. — Je ne vais pas à l’Elysée. C’est trop mêlé. Mais enfin, je suis assez bien avec le gouvernement. Aussi, monsieur Grécourt, si vous pensez au Prix Nobel…

Faloise. — Il ne pense qu’à ça. On a de ces obsessions. C’est ridicule. Ainsi moi, j’avoue que la Légion d’honneur…

D’Andrésy. — Le Prix Nobel… en Suède ? Monsieur Grécourt, ce n’est pas impossible…

Grécourt. — C’est sérieux ?

D’Andrésy. — J’écrirai, ce soir même, au comte de… Sichy…

Grécourt. — Allons donc !…

D’Andrésy. — Comptez sur moi… (À Faloise.) Et vous… (Lui prenant la boutonnière.) C’est une affaire entendue.

Faloise. — Non. La Légion d’honneur ?… Vous pouvez me décrocher ça ? Ah ! mon cher, je vous remercie… c’est un ridicule que j’ai, je vous l’avoue, mais je vous remercie.

Brizailles. — Dis donc, mon vieux ?

D’Andrésy. — Quoi ?

Brizailles. — Tu remarqueras que je ne t’ai rien demandé ? Tous les autres sont là, après toi, parce que tu as de l’influence. Mais enfin, ils ne te connaissent pas autant que moi. On se tutoie tous les deux… on est de vieux copains. Enfin, je ne t’ai rien demandé, n’est-ce pas ?

D’Andrésy. — Non, rien.

Brizailles. — Eh bien ! voilà, mon vieux, moi, c’est un bureau de tabac.

D’Andrésy. — Hein, tu veux un bureau de tabac ?

Brizailles. — Oui. Elle a figuré dans une revue où elle jouait Mme de Maintenon. L’année prochaine, elle a un engagement aux Nouveautés. Alors tu comprends, c’est pour sa mère.

D’Andrésy. — Ça, c’est plus difficile. Elle ne se contenterait pas d’une place de concierge ?

Brizailles. — Ah ! non, mon vieux, une place de concierge pour sa mère ! Tout ce que tu veux, mais pas ça.

D’Andrésy. — Pourquoi ?

Brizailles. — Parce que sa mère est déjà concierge.

D’Andrésy. — Ah ! Eh bien, je vais voir ça… tu me l’enverras ?

Brizailles. — La mère ?…

D’Andrésy. — Ah ! non… la fille.

Brizailles. — Merci, mon vieux… tu es un type épatant.

Georges, rentrant. — Ah ! vous êtes sortis de table ?

Grécourt. — Dis donc : c’est un être délicieux, tu sais…